"Je suis tellement heureux

Edito du 2 juillet 2009

"Je suis tellement heureux

de faire cela pour toi"

Homélie de l'ordination presbytérale
de Sébastien Fabre

Auby, le 28 juin 2009

 

 

 

      Cher Sébastien,

 

      Dans la revue du séminaire, tu évoques rapidement ton itinéraire : le lycée, l'aumônerie d'hôpital, un temps à l'Arche de Jean Vanier, deux ans à Genech comme éducateur, tes années d'études au séminaire de Lille…

      Mais l'accent est ailleurs : "La paroisse Jean XXIII", "la rencontre de jeunes", "parfois en rupture avec la société…" "Ils me disent quelque chose du visage du Christ…" "Il y a quelque chose en eux de plus grand qu'eux…"

      Et tu ajoutes : "J'ai envie de dire que suivre le Christ rend heureux. On peut avoir peur du manque de prêtre, mais être prêtre rend heureux. C'est la joie de donner quelque chose dont on n'est pas maîtres. C'est la joie de partager la Parole qui est celle de Dieu… c'est la joie de voir des gens qui se relèvent : « Lève-toi et marche ». En bref, c'est beaucoup de joie : suivre le Christ, ça rend heureux !"

 

      Notre prière pour toi, Sébastien, pour toi aussi Hervé [1], est que non seulement vous gardiez cette joie, mais qu'elle grandisse, qu'elle ne s'use pas dans la longueur du temps, dans les épreuves du ministère, dans ce qu'Isaïe appelle aujourd'hui la "crainte", la "traversée des eaux qui submergent, celle du feu qui brûle". Que votre joie demeure à l'heure des résultats maigres, à l'heure des échecs, à l'heure des fragilités, dans l'expérience décapante d'avoir toujours et toujours à recommencer.

 

      Il m'est revenu en mémoire un texte étonnant : il est de Benoît XVI. Quelques mois après son élection, il est en vacances et s'adresse aux prêtres du Val d'Aoste : "Le travail du Seigneur avait commencé dans un grand enthousiasme. On voyait que les malades étaient guéris, tous écoutaient avec joie cette parole : « Le Royaume de Dieu est proche ». Il semblait que, vraiment, le changement du monde et l'avènement du Royaume de Dieu étaient imminents ; que, finalement, la tristesse du Peuple de Dieu se changerait en joie. On était dans l'attente d'un messager de Dieu qui prendrait en main le gouvernail de l'histoire. Mais nous voyons ensuite que, oui, les malades étaient guéris, les démons expulsés, l'Évangile annoncé, mais, pour le reste, le monde demeurait comme il était. Rien ne changeait. Les Romains dominaient encore. La vie était difficile chaque jour, malgré ces signes; ces belles paroles. Et ainsi l'enthousiasme s'éteignait et à la fin, comme nous le savons du chapitre VI de saint Jean, même les disciples abandonnèrent ce Prédicateur qui prêchait mais ne changeait pas le monde.

      Qu'est-ce que ce message ? Qu'apporte de Prophète de Dieu ? " D'autant qu' "à la crucifixion, tout semble raté,…"

      Ma prière, celle sans doute des évêques de France qui ont la joie de vivre une ordination, celles des frères prêtres et diacres, celle de tous ceux qui sont ici, est simple : que nous trouvions tous le puits de la "joie parfaite" dont parlait Saint François, "de la joie qui tient" et qui même grandit, quelles que soient les épreuves.

      C'est la joie immense que, paradoxalement, le Christ connaît au lavement des pieds ; celle qu'il connaît à l'heure de la croix : il accomplit là parfaitement sa mission : il ne peut pas donner plus grand signe d'amour que celui qu'il donne.

      C'est la joie de Saint Paul qui confie à Timothée : "J'ai tenu jusqu'au bout de la course… Je me suis bien battu… Je suis resté fidèle… Le Seigneur m'a assisté… Il m'a rempli de force…"

      C'est la joie d'entendre pour nous-mêmes et de dire à ceux et celles qui veulent bien nous entendre les paroles d'or qu'Isaïe vient de nous offrir : "Ne crains pas, je suis avec toi. Tu as du prix à mes yeux. Tu as de la valeur et moi, je t'aime…"

      C'est la joie d'être pardonnés après l'aveu humble de nos faiblesses.

      C'est la joie de choisir et de rechoisir pour notre vie ce que le Christ a choisi pour la sienne : une vie simple, chaste, obéissante ; non pas par mépris ou condamnation de la richesse, de la sexualité ou du pouvoir, mais pour signifier combien ils peuvent souvent asservir, soi-même et les autres.

      C'est enfin la joie d'expérimenter ce que le Père Varillon appelle "l'unité paradoxale de la souffrance et de la joie"… "quand on est décentré par rapport à soi, quand l'autre est celui à qui l'on dit sans trop mentir « Tu es tout pour moi », … quand la vie est consacrée à autrui, la souffrance est alors vécue comme essentielle à la joie. On le pressent à partir de cette petite phrase toute simple, souvent entendue, de l'ami qui rend à l'ami un service coûteux : « Je suis tellement heureux de faire cela pour toi »… ("L'humilité de Dieu" François Varillon – Centurion 74, p. 132).

 

      Cher Sébastien, cher Hervé,

 

      le Christ nous dit de cette joie que personne ne pourra nous la prendre ! Qu'elle ne cesse de grandir en vous.

 

 

X François GARNIER

Archevêque de Cambrai



[1] Hervé Desprez a été ordonné diacre en vue de l'ordination presbytérale. Il ne m'en veut pas de parler plus aujourd'hui de Sébastien ; si Dieu veut pour lui, rendez-vous l'an prochain !

Article publié par Secrétariat DIOCESAIN • Publié le Vendredi 03 juillet 2009 • 3797 visites

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