Avec trente grands jeunes vers Assise, Deux trésors à partager.

Edito du 3 mai 2007

 

Avec trente grands jeunes vers Assise,

Deux trésors à partager

 

 

     1182. Quand naît celui qui deviendra Saint François, le cœur de l'Italie d'aujourd'hui est une terre où se déchaîne la violence des passions. Les âmes respirent pour la haine et les corps pour le combat. C'est la guerre entre le pape et l'empereur, entre bourgeois nouveaux riches et nobles appauvris par les croisades : c'est la guerre entre les cités rivales, entre Assise et Pérouse sa voisine.

     Si le clergé régulier est à peu près convenable, le clergé diocésain est le plus souvent paresseux et ignorant. Le peuple est tenté par les sectes et les illuminés de tous poils. Bref, en cette fin du XIIème, on vit dans un monde de félonie, de lucre, de violence, et dans une Église en pleine confusion.

 

     Une "nouvelle évangélisation" va commencer avec François et ses compagnons. Une vraie vague de sainteté va déferler sur l'Europe.

     En huit ans, cinq mille "frères" rejoignent François. Ils partagent entre autre deux trésors qui n'ont rien à voir avec ceux des banquiers, puisque, plus on les donne, plus ils grandissent :

Le premier : pour le Christ, on peut tout quitter : c'est ce que fait François. Il quitte héritage, fortune, compagnons de jeux et de plaisirs, ambitions militaire, maison familiale, affection paternelle… Seul compte le Christ : il peut dire comme Saint Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi". "Il s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté" (1 Co 8, 9) : ça vaut le coup de refaire son choix ! Et sans prendre pour autant une face de carême ! Dans la comète franciscaine, qui traverse le monde depuis 800 ans, on trouve le plus souvent les signes d'une pauvreté rayonnante et d'une simplicité joyeuse.

 

Malgré toutes les limites de l'Église, on ne la quitte pas : on la reconstruit humblement du dedans. François avait toutes les raisons raisonnantes pour devenir un chef de sectes : il a ce charisme étonnant d'attirer de nombreux disciples qui veulent le suivre ; il connaît les infidélités et fragilités de très nombreux responsables dans l'Église. Or, il ne veut rien fonder sans l'accord du pape. A vingt sept ans, il se met en route pour Rome avec ses compagnons. Il obtient une audience du pape Innocent III qui les reçoit bien, mais fait de graves réserves et les renvoie sans prendre de décision. Or la nuit suivante, le pape a un songe : sa belle cathédrale, Saint Jean de Latran, menace tout soudainement de s'écrouler et voici qu'un petit homme survient et redresse l'édifice : Innocent reconnaît ce François d'Assise qu'il a reçu la veille : à l'audience suivante, il approuve oralement le genre de vie des compagnons de François ! Ce pape qui connaît la suprématie du pouvoir pontifical, reconnaît que l'Église ne se construit bien que sur le Christ pauvre et l'Évangile simple révélé "aux petits" (Lc 10, 21) qui sont les vrais grands aux yeux de Dieu.

     Aujourd'hui comme hier… Demain comme aujourd'hui.

 

X François GARNIER

Archevêque de Cambrai

Article publié par Secrétariat DIOCESAIN • Publié Jeudi 03 mai 2007 • 3683 visites

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