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Le perroquet et le timbre poste

Édito du 17 avril 2014

Le perroquet et le timbre poste

Pâques 2014

 

« Perroquet » ! Ils l’avaient traité de « perroquet ». Ça n’avait pas dû lui plaire. Paul, le grand saint Paul, venait de leur annoncer avec la passion qu’on lui connaît « Jésus et sa résurrection » (Actes des Apôtres 17,18). Or, il n’avait suscité que la moquerie hautaine des philosophes d’Athènes. Cette moquerie qui tue souvent plus vite que les balles, si j’en crois les nombreux adolescents qui m’écrivent et me confient celle dont ils souffrent dès qu’ils osent dire qu’ils sont croyants.

 

Au risque d’être à mon tour perroquet, comment ne pas répéter aujourd’hui comme il y a deux mille ans que le cœur du cœur de la foi peut s’écrire au dos d’un timbre poste ; il suffit de trois mots : « Christ est ressuscité ». C’est si vrai pour Paul qu’il ne craint pas d’écrire aux premiers chrétiens de la ville de Corinthe que, si le Christ n’est pas ressuscité, leur foi est vide (première épître aux Corinthiens 15,17).

Vide, c’est-à-dire sans contenu, sans objet. Il ne reste plus qu’une sagesse parmi d’autres, qu’une morale dont on s’accorde à trouver qu’elle est très belle, voire parfaite pour la rendre inaccessible. Jésus n’est plus qu’un prophète sage. Et tout le monde est tranquille.

 

Sans la foi en la résurrection de Jésus, je ne serais ni prêtre, ni évêque bien sûr. Je ne serais même pas chrétien. Il n’y aurait pas d’Église. Je n’ai aucun moyen de prouver la vérité de ma foi, ni celui de l’imposer, heureusement. Il me suffit d’avoir la joie de la proposer et de l’annoncer avec – si cela est possible – autant de cœur que d’intelligence. Rejoignant en cela les milliards de baptisés qui, depuis le matin de Pâques, ont découvert et découvrent encore en Jésus le vraiment Dieu plein d’amour pour l’homme et le vraiment homme plein d’amour pour Dieu. Rejoignant les milliards de baptisés qui, grâce à leur foi, ont vécu et vivent autrement les mystères les plus profonds : ceux de la vie, toujours étonnante, de la souffrance souvent injuste et de la mort parfois tragique.

 

Avec les apôtres et l’Église, je crois en la Bonne Nouvelle qui change tout : « Christ est ressuscité. » Dans la foi lumineuse ou dans la foi obscure, il est pour moi l’Unique en qui je vois toute la beauté possible de l’homme et de Dieu. Enfin le vraiment homme qui m’appelle à le devenir, moi qui le suis si mal encore. Enfin le vraiment Dieu qu’on peut aimer parce qu’il ne fait pas peur, qu’il relève, pardonne et patiente mieux que le meilleur des pères puisque c’est ainsi que le Christ nous le révèle quand nous voulons bien l’écouter tel qu’il le donne et non tel que nous le fabriquons. Un Dieu comme cela ne s’invente pas. Il est bien le « Tout Autre », à l’envers de nos représentations grossières ou maladroites. Voilà de quoi le choisir pour qu’Il nous donne de vivre notre vie de chaque jour, ses réussites et ses échecs, avec un autre Esprit : le sien !

 

+ François Garnier

Archevêque de Cambrai

Article publié par Cathocambrai • Publié Mardi 22 avril 2014 - 11h14 • 1502 visites

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