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Dans les pas de Pierre et de Paul

Edito du 1er juillet 2010

(Homélie. Ordination de Monsieur l'Abbé Hervé Desprez. Raismes. 20 juin 2010)

 

 

Au début de l'un des quelques après-midi de ce pèlerinage, un après-midi torride, 32° à l'ombre et il n'y avait pas d'ombre, il nous était proposé de mettre nos pas dans ceux de Pierre et Paul, en parcourant la célèbre via Appia : cette route que Pierre et Paul ont prise l'un après l'autre entre le port d'Ostie et l'immense capitale qu'était Rome à leur époque. Nous avons parcouru près de cinq kilomètres. Ce qui m'a frappé, c'est l'extrême variété des vêtements des prêtres. A côté du clergyman plus ou moins strict - le mien ne l'était pas tout à fait -, il y avait les tenues les plus estivales des uns à côté des soutanes à col romain très fermé des autres. Vraiment je me disais que les prêtres étaient aussi variés que les poissons de la mer rouge ! Sans doute dans la grâce de ce pèlerinage, ou parce que l'actualité récente venait de montrer que l'habit ne faisait pas toujours le moine, chacun marchait à la fois humblement et dans la joie. Et à l'évidence, tout le monde se parlait, fraternellement !

 

Des différences ? Il y en avait entre Pierre et Paul. Différences non pas tellement vestimentaires, encore que je n'en sais rien, mais différences infiniment plus profondes : Pierre le manuel, Paul l'intellectuel ; Pierre le palestinien galiléen, Paul le citoyen romain ; Pierre fragile, Paul fort ; Pierre effacé, Paul toujours assuré ; Pierre timide, Paul jamais ! Et pourtant je les imagine tous les deux, même si ça n'est pas ensemble, sur la même via Appia, habités par le même Esprit "qui a fait naître en eux la bonté", ainsi que le dit le texte de Zacharie que nous venons d'entendre. Ils sont tous deux encore éblouis par le ressuscité plein de miséricorde rencontré pour l'un sur les bords du lac de Tibériade et pour l'autre sur le chemin de Damas ; éblouis par le messie qu'ils ont enfin reconnu, sauveur de tous les peuples et de tous les temps, et non pas seulement du seul peuple d'Israël pour un peu de temps de liberté. Ils ne sont que deux et ils s'approchent d'une ville immense : un million d'habitants, dit-on. Ils approchent de la capitale du monde d'alors, capitale païenne s'il en est : à Rome, les idoles règnent et l'empereur se prend pour Dieu. Tous deux savent bien d'où ils viennent ; ils savent les péchés qui leur ont été pardonnés : Pierre a lâchement trahi, Paul a brutalement persécuté les premiers chrétiens. "Dieu se sert d'un pauvre homme" : j'entends encore cette parole dite par le Pape Benoît XVI quelques heures plus tard alors qu'il nous parlait sur la Place Saint Pierre ; Dieu se sert des pauvres hommes que nous sommes tous diacres, prêtres, évêques et parmi les évêques le Pape ; Dieu se sert encore des pauvres hommes que nous sommes tous pour une mission qui nous dépasse infiniment.

 

Mais tous deux, Pierre et Paul, si différents soient-ils, sont habités par la même passion. Ils sont porteurs du seul trésor à partager, du trésor qu'ils ne peuvent garder pour eux, du seul trésor qu'est le Christ, et qui, à l'inverse de celui des banquiers, grandit lorsqu'on le donne. Ce trésor qui nous dit que Dieu aime la vie de chacun de nous plus que nous-mêmes. Que nous sommes tous précieux à ses yeux. Que le dernier des derniers est le premier de tous. Que nous souffrons peut-être et même sans doute dans les épreuves qui sont les nôtres comme son fils a souffert, Dieu sait. Mais qu'au-delà de nos croix à traverser si possible dans son Esprit, il y a sa vie pour nous : cette vie mystérieuse pour laquelle nous sommes tous faits et qu'on appelle maladroitement "le ciel", après l'entraînement qu'est notre vie sur terre.

 

Pierre et Paul sont sûrs de cela. Rien ne les arrêtera. Ils ne craindront pas le martyr. Pierre sera crucifié et Paul décapité. Les deux si différents et si complémentaires ; si nécessaires à l'Église parce que différents, pourvu qu'ils soient remplis et riches du même trésor à partager.

 

 

 

Je parcours la via Appia, en pensant à tout cela, et en priant pour que les prêtres de notre diocèse, si différents soient-ils, s'aiment différents et se découvrent complémentaires. Je prie pour que nous ne soyons habités que par la passion de dévoiler le visage de Jésus aux communautés que nous avons à guider en nous laissant guider par le Christ. Je prie pour que nous ayons à cœur de nourrir ceux et celles qui nous sont confiés par les rencontres du Christ que sont les sacrements. Je prie en particulier pour que nous soyons attachés aux deux sacrements dont nous autres, prêtres et évêques, avons particulièrement la charge : le sacrement du "merci" et le sacrement du "pardon", du grand merci au Père pour le don précieux de son fils, célébré dans l'eucharistie de chaque jour ; et celui du grand pardon offert par le Père aux pécheurs que nous sommes. Merci et Pardon, deux des mots les plus beaux de toutes les langues. Merci et Pardon, ces deux mots qui garantissent la vérité de nos rencontres. Merci et Pardon, deux grâces à recevoir de Dieu pour que nous nous les donnions et redonnions les uns aux autres sans les compter.

 

La via Appia ? Nous avons encore à la parcourir aujourd'hui et tous ensemble. Nous nous savons si peu nombreux, porteurs de sa lumière dans notre monde immense, obscurci par toutes ses violences et ses injustices. Porteurs d'une lumière qui n'a pas fini de déranger les fils des ténèbres : l'évangile n'en finit pas de questionner la violence des puissants, l'argent des possédants, la vérité de nos amours, la sagesse des savants, et même l'hypocrisie possible de toute vie apparemment religieuse. cet évangile questionne trop le monde pour ne pas nous attirer quelques épreuves !

 

Alors, que la grâce nous soit faite de ne perdre aucune force dans des querelles internes, ces querelles qui stérilisent notre mission commune et qui rendent douteuse la Bonne Nouvelle à partager. Oh, si nous avons à nous affronter, que nous le fassions comme Pierre, Paul et Jacques l'ont fait au moment du 1er Concile de Jérusalem : que ce soit humblement dans la prière, dans le seul but de ne chercher que ce que Dieu veut.

 

Alors, que nous retenions ce que le Cardinal André XXIII nous a dit, aux prêtres et aux évêques de France, lorsque nous avons prié tous ensemble les vêpres à Saint Jean de Latran : "Revêtez l'humilité dans vos rapports les uns avec les autres. Modestes serviteurs, essayons de ne pas nous placer en juges de nos semblables, de nos frères, de nos supérieurs. Si nous souffrons de voir le peuple chrétien se diviser en partis, en tendances, en groupes de pression, nous devons essayer à notre tour de ne pas tomber dans ce penchant. Ne laissons pas monter en nous une forme d'inquiétude qui confine à l'angoisse, mais ayons un comportement marqué par la persévérance, la confiance, l'endurance. Elles reposent sur l'amour inébranlable de  Dieu qui nous décharge de nos soucis et nous fait reposer dans la paix".

 

Qu'il en soit ainsi pour toi, cher Hervé ! Qu'il en soit ainsi pour chacun de nous.

 

 

 

X François Garnier

Archevêque de Cambrai

 

1 photo éventuellement si place suffisante 10 13 05 01

 

Il y a un peu plus d'une semaine, nous étions à Rome pour clore en priant l'Année Sacerdotale voulue par le Pape Benoît XVI. Sur les 400 000 prêtres de la terre entière, 15 000 étaient là. Sur les 4 000 évêques, nous étions près de 400.

 

Article publié par Michel LEMAIRE • Publié Mardi 06 juillet 2010 • 2877 visites

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